Abandon de l’écotaxe. Quelles conséquences ?

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Née du Grenelle de l’environnement mené par Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy, la taxe poids lourds ou « écotaxe » destinée à faire payer aux  véhicules de plus de 3,5 tonnes circulant sur les autoroutes et routes nationales non payantes et certaines départementales leur utilisation de tout le réseau routier français, vient d’être suspendue sine die comme l’a annoncé Ségolène Royal le 10 octobre 2014. La ministre a invoqué la difficulté de sa mise en œuvre.

Les conséquences sont multiples, à la fois sociales, diplomatiques et financières.

Les quelques 200 salariés français d’Écomouv, le consortium italien chargé du recouvrement de l’écotaxe sont dans l’expectative. Le dédit du gouvernement les met dans une position difficile. Pour l’instant dans une situation de quasi-chômage technique, la société ne versera plus leurs salaires après le mois de décembre. Et ensuite ? Nul ne le sait. Quant aux agents des douanes, c’est l’incertitude.
Eiffage et Vinci, exposés aux concessions routières, ont vu leurs actions chuter respectivement de 11,6 % et de 59 % lundi, après l’annonce de Ségolène Royal.

Les conséquences diplomatiques ne sont pas non plus à négliger. Que penser en effet d’un gouvernement étranger ami qui ne respecte pas ses engagements ? La presse transalpine semble prendre plaisir à souligner qu’en l’espèce, le gouvernement français semble aussi peu fiable que le gouvernement italien.

Quant aux conséquences financières, elles s’élèvent à plusieurs centaines de milliers d’euros. En effet, l’écotaxe devait rapporter 600 millions par an, répartis entre l’agence de financement des infrastructures et les départements. Avec la disparition de ces 600 millions, plus d’une centaine de projets de transports, et notamment ferroviaires (il s’agissait de construire 4 lignes de LGV) se retrouvent en panne de financement, ce qui risque à terme de nuire à l’ensemble du tissu économique, dépendant de la logistique et du réseau. Sans parler des indemnités financières colossales que le gouvernement devra verser pour dédommager Écomouv qui semble bien décidé à faire valoir ses droits.

Des conséquences environnementales enfin, puisque les riverains des grands axes vont encore subir les nuisances du trafic routier pour éviter les autoroutes.

Car parmi les pistes envisagées pour tenter de compenser la perte financière colossale, entre la perte de recettes et la forte amende pour le dédit, l’idée de ponctionner les sociétés d’autoroute a été évoquée. L’augmentation de deux centimes des taxes sur le diesel est aussi l’une des pistes explorées par le gouvernement. Cependant, pour le moment, les conducteurs routiers en sont exemptés. Si cette solution était adoptée, cela reviendrait à faire porter aux seuls ménages français le dispositif de financement, ce qui est contraire à l’esprit dans lequel a été conçue l’écotaxe. En outre, même si le gouvernement opte pour l’application de cette taxe sur le diesel pour les poids lourds, comme envisagé, là encore, les chauffeurs étrangers faisant le plein en dehors du pays seraient exonérés. Reste la solution d’une vignette apposée sur le pare-brise des camions, une solution désapprouvée par Bruxelles qui interdit de taxer deux fois les autoroutes.

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