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/ Blog / Les robots ne menacent pas que la Chine

Dans les années 1990, la délocalisation de la production manufacturière vers la Chine bat son plein. Ce pays attire alors par sa main-d’œuvre qualifiée et bon marché. Les emplois manufacturiers sont particulièrement touchés en Amérique du Nord et en Europe. Pourtant, on ne cesse d’espérer qu’ils reviendront un jour, quand les salaires auront suffisamment augmenté en Chine pour effacer son avantage concurrentiel.

Trois décennies plus tard, et alors que la Chine est l’usine incontestée du monde, les premiers signes de cet effacement se font sentir. Le travailleur chinois est en effet de mieux en mieux payé, et les droits de plus en plus grands qu’il réclame font inexorablement monter les charges salariales des entreprises qui ont jadis séduit par leurs effectifs bon marché. Pourtant, il semble que les emplois manufacturiers ne retourneront pas en Amérique et en Europe comme on l’espère depuis longtemps, et qu’ils ne seront pas de nouveau délocalisés vers un pays à la main-d’œuvre encore bon marché. Il semble bien que cette fois-ci, ces emplois iront à des robots.

En effet, à l’horizon des emplois manufacturiers se profile une nouvelle menace qui, contrairement à la précédente, ne plane pas sur une main-d’œuvre chère au profit d’une autre bon marché, ou sur un pays développé au profit d’un pays émergent. Il s’agit d’une menace qui met tous les travailleurs et tous les pays sur un même pied d’égalité, car elle les confronte à un nouveau concurrent qui, au même coût de revient, travaille sans repos, ne tombe jamais malade, ne réclame aucun droit, et coûte de moins en moins cher au fur et à mesure de son évolution.
Ainsi, les robots ne menacent pas seulement l’usine du monde. C’est ce qu’indiquent les chiffres de la Fédération Internationale de Robotique , selon lesquels les ventes de robots industriels enregistrent un nouveau record en 2013, à 178 132 unités vendues. De ces ventes, dix-sept pour cent l’ont été sur le continent américain,  vingt pour cent en Chine, et 70 pour cent dans cinq pays seulement : Allemagne, Chine, Corée du Sud, États-Unis et Japon.

Ces chiffres ne sont pas encore menaçants en regard des dizaines de millions de travailleurs dans ces pays, mais les robots industriels se multiplient à grande vitesse, plus précisément à 9,5 pour cent par an entre 2008 et 2013, toujours d’après la Fédération Internationale de Robotique. À ce rythme, le parc de robots industriels doublera tous les sept ans environ, soit mille fois plus de robots en un peu plus de 70 ans. Si le taux de croissance annuel augmente de quelques points seulement, cette multiplication prendra beaucoup moins de temps. Ainsi, à quinze pour cent de croissance par an, le parc de robots industriels doublera tous les cinq ans, soit mille fois plus de robots en un peu moins de cinquante ans.

Pourtant, cette menace cache dans ses entrailles une contradiction à l’apparence insoluble : si les robots industriels remplacent de plus en plus de travailleurs et que, peut-on raisonnablement supposer, les robots logiciels font de même, qui achètera les produits qu’ils fabriqueront ? L’on peut toujours argumenter que ces travailleurs déchus auront trouvé d’autres emplois, nouvellement créés. Mais qu’est-ce qui empêchera ces nouveaux emplois d’être à leur tour robotisés ? Il semble bien qu’une profonde réflexion s’impose sur la course débridée à la robotisation.

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